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L’année 2015, dont nous faisons ici le bilan, a été tragiquement marquée, sur le territoire français, par les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, contre les clients de l’Hyper-casher de la porte de Vincennes et par ceux, conjoints, du stade de France et du Bataclan.

L’année 2015 a aussi été pour le Moyen-Orient notamment, en Irak et en Syrie, et pour certaines régions d’Afrique dont la Libye mais aussi le Nigeria, le sud Soudan… – une année de guerre, de terreur et d’effroi. Des millions d’individus – hommes, femmes et enfants – ont ainsi été jetés sur les routes dans l’espoir d’échapper à la mort et à la violence. Certains ont tenté de se réfugier en Europe. Une Europe qui, hélas, n’a pas été capable d’une politique concertée pour accueillir comme il aurait fallu celles et ceux qui, dans leur très grande majorité, sont les victimes de ces conflits. Une Europe qui ferme les écoutilles, tentée par l’hyper-protectionnisme, alors qu’il y a déjà une voie d’eau sous la ligne de flottaison : un déficit démocratique évident, une « pensée unique » économique et une thrombose de son fonctionnement politico-administratif qui la paralyse quand il faudrait résolument avancer.

Et alors que l’Europe est incapable d’agir sur la scène internationale, pendant ce temps, les intérêts « stratégiques » des grandes puissances provoquent – comme en Syrie – un pourrissement des situations qui laisse l’arbitraire se déployer jusqu’à la barbarie dans une confusion totale où la dimension politico-religieuse cache mal la bassesse des petits et grands trafics.

C’est dans ce contexte national et international marqué par la violence que nous vivons et que nous devons agir. Un contexte qui a des conséquences sur notre société, y compris localement ici à Nantes et dans la région des Pays de la Loire. Le Centre interculturel de documentation, depuis 32 ans, a essayé de faire progresser le « mieux vivre ensemble » en renforçant la connaissance de l’histoire et de la culture de l’Autre, en dénonçant les préjugés et les représentations, en affirmant les valeurs qui nous unissent et en dénonçant les idéologies comme les discriminations qui nous divisent. Des discriminations qui se manifestent d’abord dans les conditions socio-économiques de la vie quotidienne car, si « tous les Hommes naissent libres et égaux en droit et en dignité », tous ne connaissent pas des conditions dignes d’existence…

Mais, aujourd’hui, dans le contexte précédemment décrit, le risque existe d’une remise en cause de ce long et patient travail : car il nous faut aujourd’hui lutter plus qu’hier contre la peur et la suspicion, contre les amalgames qui naissent des attentats perpétrés au nom d’une religion détournée par une idéologie de haine. D’autant plus que, partout, des forces anti-démocratiques sont à la manœuvre. Le phénomène touche tous les pays d’Europe, à l’est comme à l’ouest. L’extrême-droite et les poseurs de bombe djihadistes ont des intérêts communs, notamment celui de diviser puis de détruire une société qui, malgré ses défauts, nous a permis de vivre en paix – du moins en Europe occidentale – depuis plus de soixante-dix ans.

Le CID, à sa place et avec ses moyens plutôt modestes, entend poursuivre ce combat pacifique contre la haine, contre les préjugés et contre les discriminations, pour la fraternité et pour l’égalité, dans le respect des libertés notamment d’expression et de conviction. Ce combat est, plus que jamais, nécessaire et même urgent. Pour ce faire, nous avons quelques atouts et, sans doute, avons-nous aussi quelques défauts. L’histoire turbulente de cette structure en témoigne mais, depuis trois ans, le CID a entamé une nouvelle étape de son histoire dans le respect de ses « fondamentaux » et, donc, du travail accompli par les  personnes qui, avant nous, l’ont fait naître puis évoluer.

Et notre principal atout s’appelle Centre de ressources. L’accent devra être mis sur son développement et une meilleure visibilité de ce fonds documentaire de premier plan, à dimension régionale. Notre projet est aussi de mettre en place un comité d’experts avec deux collèges : l’un plutôt universitaire, l’autre plutôt d’acteurs associatifs qui sont aussi nos partenaires et avec lesquels nous souhaitons travailler en bonne intelligence et dans le respect mutuel. Le comité d’experts aura vocation à conseiller le conseil d’administration que nous allons aussi renforcer et à produire de la réflexion qui doit nourrir l’action du CID sur le long terme. Une réflexion qui pourra d’ailleurs donner lieu à publications.

Notre offre de formation va se développer et nous avons déjà commencé, en partenariat avec la Métropole et l’État, à intervenir sur les quartiers dits prioritaires à la mise en place et à l’accompagnement des conseils citoyens. Nous sommes et serons dans l’avenir l’un des acteurs de la politique de la ville dont la lutte contre les discriminations est un axe transversal. De plus, nous souhaitons rester un pôle de ressources pour les acteurs de terrain qui opèrent notamment dans les quartiers populaires. Nous ne ferons pas à leur place (nous n’avons pas vocation à être partout) mais, s’ils le souhaitent, nous serons là pour les accompagner et monter des partenariats communs…

Enfin, le CID va se rapprocher des instances européennes qui travaillent sur les mêmes problématiques que lui. Nous sommes déjà partie prenante de La Semaine européenne de la démocratie locale (SEDL) qui est une initiative coordonnée par le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe. Des partenariats avec la Belgique ont eu lieu en 2015 et nous allons développer nos relations avec les autres pays européens ainsi qu’extra-européens.

Pour ce faire, nous avons renforcé l’équipe permanente après quelques turbulences que nous avons dépassées entre la fin de l’année 2015 et le début de cette année. Le monde associatif n’est peut-être pas le monde des Bisounours mais il se doit d’être celui du dialogue et du respect. C’est en tout cas ma conviction profonde.

Tout cela demande quelques moyens et je voudrais ici remercier les institutions publiques qui nous font confiance : la Ville de Nantes en premier lieu qui est notre principal financeur, l’État qui nous soutient sans faillir, la Région des Pays de la Loire avec laquelle nous avons signé une convention triennale qui se poursuit jusqu’en 2017. Grâce à eux, malgré un contexte général de contraction budgétaire, nous avons pu agir tout au long de l’année 2015 et, dans le même temps, nous avons réussi à résorber la dette qui était celle du CID il y a trois ans. La situation reste encore fragile faute de fonds propres mais elle est saine.

Enfin, au-delà des financements, l’action du CID demande aussi de l’imagination, de la réactivité, de l’enthousiasme. Le CID doit s’ouvrir au monde, encore plus qu’hier. Le CID, c’est d’abord un projet qui, sans perdre sa capacité d’analyse critique, doit participer à la construction d’une société si possible apaisée et juste. Ici et maintenant. Un projet qui sait compter sur l’énergie et la volonté de son équipe permanente, de son conseil d’administration, de son comité d’experts et, je l’espère, de ses adhérent-e-s qui sont le bienvenu-e-s pour y participer. En tout cas, je vous y invite toutes et tous !

                                                                                                                                      Franck BARRAU